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NORMAL.E ?


Conforme, conforme, conforme...

La «normalité», d’abord utilisée comme curseur scientifique, représente aujourd’hui une aspiration, un espace de réassurance.

Malgré nous, c’est l’outil que nous utilisons pour nous mesurer sur le plan personnel, professionnel, relationnel et même biologique.

La «normalité» influe sur notre estime, notre confiance en nous et notre manière d’être au monde. Elle contrôle notre développement et oriente nos aspirations, silenciant notre inventivité, bridant nos singularités.


Nous tirons des conclusions pour savoir si quelque chose ne va pas chez nous en fonction de nos différences ou de nos ressemblances avec les autres. Nous confrontons le normal de nos voisin.e.s à notre propre patchwork de connaissances, de valeurs, d’opinions, d’expériences de vie.

La «normalité» pourtant, est l’un des concepts les plus subjectifs qui soit, variant même en fonction de l’époque ou de l’endroit.


Ce que l’on trouve «normal» ou «anormal» en dit davantage sur nous que sur celleux sur lesquel.le.s nous tentons de calquer notre vision normative. La «normalité» est une construction sociale basée sur notre environnement (passé et présent), notre culture, nos valeurs ou encore notre éducation. Ainsi, notre «normal» ne sera jamais le même que celui d’un.e autre.

Si nous tentons de calquer nos agissements sur un système de normes et de valeurs, cela fait de nous des personnes normées, pas «normales». En effet, une fois libéré.e du regard sociétal, chacun.e se laisse aller à ses étrangetés libératrices pour compenser une sur-adaptation en milieu social.

La «normalité» n’est en réalité là que pour maintenir un ordre politique et social visant à discipliner le comportement et l’apparence des individu.e.s et à mettre au pouvoir celleux qui se rapprochent le plus de ses critères.

Je dis « se rapprochent» parce que ce concept est aussi inatteignable qu’iréel.

Pourtant, je ne compte plus le nombre de fois où un.e patient.e m’a demandé si son comportement, sa manière d’être au monde, ses désirs, ses pensées étaient normales.



L’incapacité de la société à nous placer dans des cases la sort de sa zone de confort. Et l’étranger, l’Autre, l’hors-norme, alors qu’il pourrait être une opportunité, une ouverture, devient une menace.

Parce qu’il remet en question tout ce que nous pensions savoir sur nous et sur le monde.

Nous avons été socialisé.e dans le but de nous conformer à des standards subjectifs, à croire en une logique unanime dite naturelle pour maintenir un statu quo.


La discrimination envers les personnes minorisées est dû à un système qui récompense la conformité plutôt que la créativité. Ici, le pouvoir réside dans l’habileté à faire d’une vision subjective une théorie universelle.

La majorité des atrocités qui se sont déroulées au cours de l’histoire ont été motivées par le dogme de la «normalité». Ainsi, en s’imposant comme la seule ligne de conduite valable, elle ostracise, polarise et tue.

Mais qui décide le normal, qui en dessine les frontières, qui en écrit les lois ?

Et surtout, à qui cela profite ?


La définition de la «normalité» est si cadenassée, que l’impossible tache de s’y calquer nous enferme rapidement dans un sentiment douloureux de dépréciation, d’exclusion et nous donne l’impression de n’être jamais assez.


Alors, accueillons-nous dans nos travers, saluons nos insuffisances, embrassons nos singularités. Demandons-nous « est-ce humain ? » plutôt qu’« est-ce normal ? ». Accordons-nous le bénéfice du doute, célébrons nos failles, cajolons-les et rappelons-nous qu’en réalité, nous sommes toustes habité.e.s par les mêmes doutes, et ça, c’est normal ! :)


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