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NOTRE CERVEAU A T-IL UN GENRE ?


La notion de genre a toujours été présentée comme évidente et naturelle.

Ainsi, les hommes seraient naturellement plus forts et courageux, face à des femmes naturellement plus douces et fragiles.

Mais d’où viennent ces (fausses) affirmations ?

Puisque ces stéréotypes peuvent parfois s’observer, seraient-ils intrinséquement liés au fonctionnement de nos cerveaux ?


LA RÉPONSE EST NON.

En réalité, l’amplitude des différences observées entre femmes et hommes est très faible comparativement à ce qu’on observe entre les hommes entre eux et les femmes entres elles.

Pourtant, l’objectif de bon nombre d’études est d’apporter une explication aux différences de positions sociales et de traits de personnalités tels que l’agressivité, l’empathie, l’instinct maternel, ou les facilités intellectuelles dans tel ou tel domaine.


Ces études « neurosexistes », sous couvert de vérité scientifique, ne font que justifier les inégalités entre les genres. La portée politique de ces discours est lourde puisqu’ils imposent et justifient via une science

approximative une dichotomie sexuée hiérarchique et essentialiste entre les personnes perçues comme hommes et femmes.


Il n’y a pas de dimorphisme sexué du cerveau. Les études «scientifiques» qui affirment le contraire sont basées sur des études elles-mêmes bancales dans leur méthodologie ou dans leur interprétations des résultats.


On remarque que, plus l’échantillon d’individu.e.s analysé est important, plus les différences qui avaient pu être observées sur un petit nombre de sujets se gomment.

Or, quand on regarde les études qui affirment qu’il y a bien une différence cérébrale entre les genres, on s’apperçoit souvent que le nombre de personnes testées est trop faible pour donner des résultats statistiquement fiables.


Cependant, malgré de nombreuses contre-études réalisées, ces croyances en une dichotomie sexuée des cerveaux perdurent.

Prenons donc le temps d’explorer les fausses affirmations que l’on entend bien trop souvent à ce sujet :


1. Les hommes ont un cerveau plus gros que celui des femmes

(et donc seraient plus intelligents)

La taille du cerveau est proportionnelle au volume total du corps.

C’est parce que les hommes ont tendance à avoir un volume corporel plus grand que celui des femmes, que leur cerveau peut parfois être plus lourd de quelques grammes.

Rien à voir avec une quelconque intelligence genrée, donc.


Cette idée reçue date du 19e siècle à l’époque où la craniomètrie tentait de prouver que certains cerveaux (et par la même occasion, groupes sociaux) étaient plus intelligents que d’autres :

• homme > femme

• blanc > non-blanc • patrons > ouvriers

En plus de propager une pensée sexiste, ces études propageaient aussi une idéologie

raciste et classiste.


2. Les femmes auraient la capacité d’êtres multitaches

Cette idée est basée sur une étude du 19e siècle réalisée sur 20 participant.e.s. On y observe alors que le corps calleux (=ce qui relie les deux hemisphères cérébraux) des femmes est plus développé. Or, depuis l’invention

de l’IRM, d’autres scientifiques se sont rendus compte, après maints tests, qu’il n’y avait en réalité pas de différences significatives entre hommes/femmes quant aux connexions entre les deux hémisphères du cerveau.


3. Les femmes auraient une meilleure mémoire

On entend souvent dire que les femmes auraient une plus grande capacité à se souvenir des dates anniversaires, ou à se rappeler de l’emplacement de telle ou telle chose. Cette affirmation s’expliquerait par un hippocampe plus volumineux chez les femmes que chez les hommes. Or, il serait en réalité très très légèrement plus gros chez les hommes. La différence de taille étant néanmoins très infime, les résultats ne sont statistiquement pas significatifs et donc pas valables.


Cependant, on a appris aux personnes socialisées comme femme à prendre soin, à rendre confortable le quotidien (des autres). C’est donc une compétence acquise et non une capacité induite par une prédisposition hormonale ou cérébrale.



Notre cerveau est constitué de 100 milliards de neurones reliés entre eux par 1 millions de milliards de connexions. 90% de ces connexions se forment après la naissance.

Les différences neuronales entre les hommes et les femmes ne seraient donc pas innées mais bien acquises.


MAIS DU COUP, CE SONT LES MÊMES CERVEAUX OU PAS ?

Tous les individu.e.s sont élevé.e.s, grandissent et vivent dans des milieux différents. De ce fait, nous avons chacun.e.s nos propres connexions neuronales directement influencées par notre histoire passée et présente.

Au fur et à mesure de nos apprentissages, notre cerveau se développe.

Il est plastique.


Si l’on observe des différences entre le cerveau des hommes et celui des femmes c’est uniquement parce que le cerveau se construit en fonction des stimulis qui lui sont proposés. Ces stimulations dépendent grandement de l’environnement dans lequel nous évoluons mais aussi de notre genre présumé.

Ce qui est vrai pour l’acquisition de compétences ou d’informations l’est également pour l’apprentissage des rôles dits masculins et féminins : être encouragé.e dans différents centres d’intérêt, matières scolaires, jeux ou activités influe sur le développement de nos connexions neuronales.


Voir des différences cérébrales hommes/femmes ne signifie pas que celles-ci sont inscrites dans le cerveau depuis la naissance, ni qu’elles y resteront gravées. Le cerveau fabrique sans cesse de nouveaux circuits de neurones en fonction de l’apprentissage et de l’expérience vécue, rien n’y est figé ni gravé à la naissance.


LA PLASTICITÉ CÉRÉBRALE COMMENT ÇA FONCTIONNE ?

Exemples concrets :


  1. TESTS RÉALISÉS SUR DES PIANISTES ET DES VIOLONISTES On observe un épaississement du cortex cérébral dans les régions qui contrôlent la coordination des doigts et l’audition.

  2. TESTS RÉALISÉS SUR DES JONGLEUR.SE.S On observe un épaississement du cortex cérébral dans les régions qui contrôlent la vision ainsi que la coordination motrice.

Ce n’est pas parce qu’un.e individu.e possède certaines zones de son cerveau plus développées que d’autres qu’iel est davantage apte à pratiquer telle ou telle activité, mais bien parce qu’iel a longuement pratiqué ces activités que ces zones cérébrales se sont développées.

C’est l’interaction avec l’environnement familial, social et culturel qui va orienter les goûts et les aptitudes ainsi que contribuer à forger les traits

de personnalité en fonction des modèles féminin/masculin imposés

par la société.


Il n’y a pas de cerveau genré mais un ensemble de processus d’acquisition de compétences dicté par les stéréotypes de genre de la société.

Ainsi, rien ne vous empêche de devenir scientifique, astronaute, poète.sse, auteurice, pompier.e, président.e... En tout cas, quoi qui vous retienne, ce n’est pas votre cerveau !

Le saviez-vous ? Dans les encyclopédies, les corps dits masculins sont utilisés pour illustrer le travail actif des muscles et du cerveau et les corps dits féminins pour faire la démonstration de phénomènes physiologiques passifs et involontaires de l’ordre du réflexe et de l’exécution. La plupart des manuels ne représentent que des corps dits masculins, quelques uns sont mixtes et une infime partie prend le corps dit féminin comme modèle principal. (Étude de C. Serrez réalisée entre 1990 et 2003)


NB : Les neurosciences n'ayant pas encore pleinement investies le champ d'étude des cerveaux de personnes non-binaires, je parlerai donc ici uniquement d'hommes et de femmes (cisgenres pour la plupart).

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